mardi 24 avril 2012

L'Acne a failli me trouver un job


Si nous parlions un peu chiffons ?
Dans le monde impitoyable de notre crise, il est parfois bon d'être piqué par la mouche Futilité.

Nous allons aimer le jean Acne, une merveille de tissu seconde peau qui enrobe et sublime les courbes, affine la gambette, galbe la silhouette et le popotin comme ce n'est pas permis.

La deuxième boutique parisienne a ouvert il y a quelques mois.
Sans être une acheteuse compulsive, j'aime les fringues. Même si le shopping relève du fantasme depuis quelques temps, même si mon porte-monnaie n'est plus qu'un trou béant et si je rêve de posséder la garde-robe de Carrie Bradshaw, ma curiosité de (ex ?) journaaaaliste m'a poussée à y faire un tour.

Spacieux, épuré, chaleureux, moquette moelleuse : le sanctuaire suédois du Jean Sublimateur de Formes est tout cela à la fois. L'accueil est polyglotte, les vendeuses rock et jeunettes, agréablement souriantes.

Bambou m'a accompagnée entre deux dossiers de cambriolages. Quitte à s'amuser, autant que ça soit entre fifilles programmées en mode "Famine Shopping".
Elle voulait vérifier si la légende du jean Acne n'était pas du flan. Mais elle a eu la flemme de franchir la porte de la cabine d'essayage.
J'ai testé, nous avons approuvé.
Essayer ce jean, c'est ne plus pouvoir le quitter.
Toutefois au prix d'un certain effort physique. Car pour le porter bien slim et qu'il ne se détende ni au lavage ni à la longue, il est important de le choisir une taille en dessous, donc "de souffrir des os du bassin pendant 2 jours", dixit une vendeuse.
Voilà voilà.

Allons-y pour une taille en dessous.
Pour remonter la fermeture éclair, mon corps se contorsionne légèrement, je sautille, j'ordonne à mon ventre de disparaître, Bambou me fixe d'un oeil mi-clos, mi-perplexe, j'ai chaud, le chignon bancal, le rouge se bouscule sur mes mates pommettes, non, je vous assure, rien de bien méchant.
Juste un peu la trouille pour mes petits os du bassin...

Chaussures futuristes "Escabeau" prêtées pour la séance d'essayage, hou la ! 
D'essayages en essayages, je finis par sympathiser avec une des vendeuses. Nous l'appellerons Priscilla.

Le monde est mini.
Comme moi, Priscilla est journaliste. A une différence près, et de taille : elle est maman depuis peu. Elle en a eu ras la casquette de courir après les piges (traduction : écrire des articles à la demande) ; piges de plus en plus rares qui n'assuraient pas un salaire régulier.
Comme elle dit, être vendeuse chez Acne, "c'est avoir eu la chance de décrocher un vrai contrat, ne plus angoisser à chaque fin de mois pour mon bébé et pouvoir travailler dans un cadre plaisant".

En quelques minutes, une bise de solidarité nous unit. Priscilla me tend une carte sur laquelle elle gribouille le nom de l'un de ses "amis", rédacteur en chef d'un magazine, en me glissant : "Appelle-le de ma part".

Quel heureux hasard, quelle belle attention !

Le lendemain, je décide d'appeler le fameux ami de Priscilla. Je cherche son téléphone dans le magazine en question, je ne le trouve pas... Je le "googlelise" pour vérifier son identité, je furète dans les autres magazines.
Rien de rien.
Un coup de fil ? J'appelle la rédaction du mag, heu... il n'y a jamais eu "d'ami de Priscilla" à la rédaction.
Inconnu au bataillon !! C'est Fantomas !

Depuis, Bambou est partie se ressourcer sur l'île d'Elbe. Emportant lunettes de soleil et paréo dans sa valise, mais point de jean Acne.

De mon côté ? Toujours RAS.
L'encéphalogramme de l'emploi reste aussi long et plat qu'une infinie route plantée au milieu du désert californien.

Et le jean sublimateur dans tout cela ? Si son prix à 3 chiffres peut déclencher des poussées d'acné et s'il a failli m'ouvrir un battant de porte professionnel, il est certain qu'il prend possession de votre corps et l'épouse là où il faut pour transcender vos formes et dévisser la tête de la gente masculine, accommodant leur cou d'un joyeux torticolis.

Et même pas mal !


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